Beaujolais: les Bourguignons s'intéressent au gamay – L’EXPRESS
Grandes maisons et vignerons de renom du royaume du pinot noir et du chardonnay jettent leur dévolu sur les meilleurs grains de gamay. Un renfort bienvenu.
Quel est le point commun entre les maisons Louis Latour et Boisset, Vincent Girardin, Bouchard père et fils, Louis Jadot, ou encore Thibault Liger-Belair ? Tous ces grands vignerons ou négociants bourguignons ont choisi, ces dernières années, de s'implanter dans le Beaujolais, qui traverse depuis plus d'une décennie une crise importante de la viticulture. Inondé de son vin nouveau, de piètre qualité, le consommateur a oublié que le vignoble de Beaujeu pouvait produire des vins sincères et de haute volée, notamment dans les crus. "Les relations entre le beaujolais et la Bourgogne ne datent pas d'hier", rappelle Pierre-Henry Gagey, président de la maison Louis Jadot, un précurseur, qui a racheté le Château des Jacques, à Moulin-à-Vent, en 1996. "Mais, jusqu'à peu, nous nous contentions de distribuer leurs vins. Il est désormais de notre devoir de les soutenir."
Un prix à l'hectare compétitif
C'est dans les crus que les Bourguignons ont principalement décidé d'investir. Thibault Liger-Belair est ainsi sorti de Nuits-Saint-Georges pour acheter des vignes à Moulin-à-Vent, comme Vincent Girardin, qui a, lui, jeté son dévolu sur la Tour du Bief. Dernièrement, la maison Louis Latour a repris Henry Fessy pour pouvoir disposer de vins dans la quasi-totalité des crus (sauf chiroubles). "L'appellation a besoin de l'organisation et de la force de frappe du négoce bourguignon pour s'en sortir, explique Louis-Fabrice Latour, président de la vénérable maison de Beaune. Notre travail consiste à réintroduire le beaujolais sur les tables françaises." Pour Edouard Labruyère, un homme du cru qui a effectué le parcours inverse (sa famille est depuis 2007 propriétaire majoritaire du domaine Jacques Prieur, à Meursault), la venue des Bourguignons est une très bonne nouvelle : "Le travail qualitatif accompli en Bourgogne reste à faire en grande partie chez nous", même si, pour lui, leurs motivations ne sont pas toujours avouables. "Le beaujolais offre bien sûr de belles opportunités : l'hectare de cru se négocie en moyenne à 90 000 euros, voire jusqu'à 180 000 euros à Moulin-à-Vent. Une bonne affaire au regard des prix des grands crus bourguignons, qui s'échangent pour plusieurs millions d'euros. Et les grands négociants sont aussi intéressés par la possibilité de déclasser les vins de ces crus en bourgogne générique."...
Beaujolais: les Bourguignons s'intéressent au gamay – L’EXPRESS


